“J’étais chez lui hier soir. Il me disait que, même si la commission Winograd avait été plus incisive dans sa critique, il n’aurait pas démissionné. Mais, à la façon dont les choses se présentent, il en est encore moins question”, a confié à Reuters l’ex-ministre de la Justice Yosef Lapid.Olmert “peut pousser un soupir de soulagement”, convient un éditorialiste, au lendemain de la publication des conclusions définitives de la commission présidée par l’ex-juge Eliahu Winograd, qui relève de “graves défaillances” au double échelon politique et militaire mais ne met pas en cause l’intégrité du Premier ministre.
“Echec et disculpation”, titre le Yedioth Ahronoth pour résumer ce rapport d’un demi-millier de pages dont Olmert a promis d’appliquer scrupuleusement les recommandations pour éviter le renouvellement du “grave et immense cafouillage” déploré par Winograd.
Le cabinet d’Olmert a confirmé qu’il allait “continuer à travailler” et ses alliés politiques confient qu’il envisage un élargissement de sa coalition pour poursuivre le chemin escarpé des négociations de paix engagées avec les Palestiniens sous la pression du président américain George Bush.
La ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, sa rivale au sein de son propre parti centriste Kadima, qui n’avait pas hésité à l’inviter à démissionner lorsque le rapport d’étape de la commission avait relevé en avril de graves erreurs de jugement, est rentrée dans le rang, murmure-t-on dans les cercles politiques.
ESPOIR PALESTINIEN, INDIGNATION LIBANAISE
Pour sa part, le ministre de la Défense travailliste Ehud Barak, qui n’avait pas exclu de se dissocier d’un gouvernement fragilisé, a dit “soupeser” encore l’attitude à adopter. Mais il est improbable qu’il provoque des élections anticipées susceptibles de ramener la droite au pouvoir.
Le chef du Likoud, l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’est d’ailleurs dit favorable jeudi à un recours aux urnes pour redonner à Israël un “leadership responsable”.
Le Likoud arriverait en tête en pareille hypothèse avec 28 sièges, contre 12 actuellement, sur un total de 120. Selon le même sondage, réalisé ce mois-ci, Kadima verrait le nombre de ses députés tomber de 29 à 10, tandis que le Parti travailliste se maintiendrait, avec 21 députés, contre 19.
Mais la législature ne s’achève qu’en 2010 et le temps semble travailler pour Olmert, bien qu’il ait encore à se dépêtrer de divers scandales de corruption.
Quarante-deux pour cent des Israéliens souhaitent aujourd’hui son maintien au pouvoir, selon un sondage du quotidien Maariv, contre 17% seulement en avril, après la publication du rapport d’étape sans indulgence de la commission Winograd.
Les Palestiniens semblent soulagés de voir rengainée l’épée de Damoclès qui était suspendue au-dessus de la tête d’Olmert, un partenaire de paix qui a l’avantage de leur être aujourd’hui familier. Le négociateur Saëb Erekat a dit espérer que la voie serait désormais “dégagée pour un processus de paix sérieux qui aboutisse à la fin de l’occupation israélienne”.
En revanche, le Premier ministre libanais Fouad Siniora s’est indigné que le rapport ait présenté la guerre lancée au Sud-Liban par Israël comme une “occasion manquée” de casser les reins au Hezbollah. Cette présentation fait, selon lui, le lit d’une nouvelle agression israélienne et ignore les “crimes” commis par l’Etat juif à l’été 2006.
Amnesty International juge aussi le rapport “biaisé” parce qu’il est centré sur les erreurs stratégiques d’Israël et non pas sur les “meurtres aveugles” de civils libanais, dont 900 ont trouvé la mort en 33 jours de conflit, contre 159 Israéliens, des soldats pour la plupart.
Version française Marc Delteil


