es lecteurs du Monde.fr habitant à Beyrouth décrivent l’ambiance dans la capitale libanaise depuis le début des affrontements entre l’opposition chiite, emmenée par le Hezbollah, et la majorité sunnite, qui se sont soldés par la mort de treize personnes. Le Hezbollah, accusé de mener “un coup d’Etat”, contrôle désormais l’Ouest de Beyrouth.
undefined, par nicole fayadµ
Il n’y a pas eu de grève générale sur des revendications salariales. Il y a eu une “réaction” du Hezbollah – qui instrumentalise ses alliés comme il veut – à des décisions prises par le gouvernement sur son système parallèle de communication et sur l’éviction d’un cadre sécuritaire de l’armée proche du Hezb. Décisions qui auraient mis du temps à avant d’être exécutées vu les blocages administratifs.
Ambiance ? La même que dans les années 1975-1990, quand il y avait des guéguerres de rues et de prises de position. La nuance ? Très peu de résistance puisque peu d’armes et d’entraînement du côté de la majorité, une armée qui joue à la Finul mais qui au moins reste unie, les régions “chrétiennes” épargnées jusquà présent. L’aéroport fermé donne un sentiment d’asphyxie. Le même que lors du blocus israélien de 2006. Les bruits et les cris des gens dans les quartiers chauds font mal. La façon dont les vainqueurs pavanent écoeure.
La pluie de cette nuit était incroyablement symbolique : les cieux se fâchent quand Beyrouth sombre dans l’absurde. On ne comprend pas où ils veulent en venir. Les humiliations ne seront pas oubliées facilement. Coup d’Etat sous couvert de revendications syndicales, quelle hypocrisie… Sur la ligne de démarcation côté chrétien, la balle perdue sur mon balcon donne un sentiment d’urgence. J’attends et compte bien aider toute initiative de la société civile pour hurler que ÇA SUFFIT.
8 mai, par Sabine Le Stum
Le Hezbollah tient l’aéroport, les entrées et sorties du pays – la star de la chanson arabe Fayrouz était coincée dedans, hier soir. De nombreuses routes sont coupées. Il y a des combats, ça reste flou, mais il y en a : on entend mitraillettes et obus, au loin, pas si loin, le Liban est si petit, en 50 mètres, tout peut changer. Al-Manar montre l’intérieur des locaux dévastés d’un parti sunnite, gros plan sur les bouteilles de vin, à la cave.
De leur coté, les sunnites dénoncent un “coup”. Hassan Nasrallah a pris la parole à 16 heures. Chaque TV et chaque radio du pays, dans toutes les pièces et toutes les rues, faisait entendre son discours. Comme tout le monde, on scotche aux informations. Dans les quartiers chrétiens, les magasins sont à peu près ouverts. Il fait beau. Les mines sont plutôt fermées, comme les routes. Il y a peu de monde dans les rues, mais il y en a. Deux petites filles et un papa qui mangent des glaces. Il paraît que les gens stockent de la nourriture et font le plein d’essence. Les rayons du Monoprix sont clairsemés. Problème d’approvisionnement ? Le camion de mon maraîcher, en direct de la Beeka, où ça canarde, est là. Les figuiers commencent à sentir bon, les fleurs de glycine tombent en pluie sur le sol. L’événement n’arrête pas toujours le quotidien, c’est ce contraste qui est étrange. On peut continuer à prendre sa douche, se promener, bouquiner, mais il faudrait être bien fou pour ne pas avoir les enjeux en tête : guerre et paix, rien que ça.
Achrafieh, vendredi après-midi, par Martin Lampprecht
Hier soir, de mon balcon sur la colline d’Achrafieh, j’observe les affrontements à Ras el-Nabaa et sur la rue de Damas. Vers 8 heures, un immeuble à côté de l’université Saint-Joseph, aux alentours de l’archevêché grec catholique, est frappé par des grenades et prend feu. La bataille continue jusqu’à 3 heures du matin, quand un orage avec des pluies diluviennes y met fin.
Ce matin, vers 11 heures je pars pour faire les courses, rue Achrafieh. Le supermarché est envahi par les amasseurs de provisions, familles, couples, vieilles dames avec leurs femmes de ménage. Les chariots pleins : eau, lait UHT, conserves. La file à la caisse est longue. Les gens sont très calmes, patients, polis. Quelques uns plaisantent : dehors, c’est la guerre, mais au moins nous, dans le supermarché, restons civilisés. Je rentre chez moi et j’attends. Parfois, des tirs lointains ; mais en somme, tout reste calme.
Tension palpable, par Jean-Paul CAPEB
La tension est palpable, bien avant les débuts des tirs de jeudi. Nous avons passé la soirée en écoutant les tirs de Kalachnikov et d’armes plus lourdes ; cependant, pour le moment, la vie continue dans le quartier chrétien de Achrafieh. Pour ma part, je devais repartir en France ce soir, mais avec l’aéroport fermé les réflexes de la guerre revienne : prudence, portable ouvert, radios branchées, en état d’alerte, mais en continuant à vivre car le Liban vit toujours ! La zone musulmane de Hamra a fait l’objet de vifs combats et ceux qui ont eu la chance de partir se sont réfugiés dans des zones “en paix”. On est donc réduits à l’attente, malgré tout sereine. Ce matin, très peu de tirs. C’est le calme, pour le moment.
Le blocus de Beyrouth, par Marie-Thérèse Zouein Tabet
Beyrouth, ville fantôme ce soir. Seules les détonations, des grosses déflagrations et les balles percent cette nuit sans lune. Habitant un quartier chaud de la ville, celui de Ras El Nabeh, nous sommes coincés avec mon époux. Nos enfants, à qui nous avons demandé de ne pas rentrer, sont bloqués hors de la maison, le quartier étant cerné. Ce qui est sûr c’est que nous avons décidé de ne pas quitter notre appartement cette fois-ci pour fuir vers la montagne. Il est temps de crever l’abcès pour savoir sur quel pied danser ! Libanaise, chrétienne, j’ai participé à la marche du 14 mars pour l’indépendance. J’entends les blindés de l’armée se déplacer sur la rue de Damas, artère principale de la capitale, puis le silence plane subitement.


